Son Of – Strasbourg, la Laiterie, le 20 novembre 2014
20/11/2014

On attendait avec une impatience teintée de fébrilité de revoir sur scène Arnaud Mazurel, l’âme damnée à la voix de velours du regretté Jack The Ripper, un des groupes français les plus intéressants de ce début de siècle.
La vidéo prometteuse de Dober Woman sur la toile nous avait tant mis l’eau à la bouche.
Las, dès les premiers morceaux on subodore et redoute la catastrophe à venir. La voix d’ordinaire si envoûtante d’Arnaud se trouve broyée entre une basse sans âmes et des guitares brouillonnes et approximatives.
Le tout jeune guitariste au registre ultra limité joue à côté du temps plus souvent qu’à son tour. Le bassiste semble plus préoccupé par son jeu de jambes que par son jeu tout court. Le batteur, peut-être le plus conscient de la piètre qualité du set, frappe comme un dingue pour sauver le radeau.  Mais tous trois oublient qu’ils font partie d’un groupe, et qu’un groupe se doit de jouer ensemble.
Mazurel vocifère ou gratouille comme il le peut une vieille Takamine défoncée pour donner le change. En habile showman, il parvient même à s’attirer les bonnes grâces d’une partie du public en exacerbant sa geste rock n’roll et en empilant les clichés les plus éculés et navrants de la destroy attitude. On le voudrait sublime comme il a pu l’être par le passé, il parvient  juste à être pitoyable.
Un chagrin tenace nous taraude tout au long du set, comme si l’on assistait impuissant à la chute d’un être aimé. Un chagrin d’autant plus profond que certains moments, fugaces mais intenses, laissent entrevoir tout le sublime qu’aurait pu être ce concert de Son Of si la voix et la personnalité d’Arnaud avaient trouvé un écrin à leur mesure.
Alors on se raccroche à ses moments-là comme à autant de bouées dans la tourmente et on fixe secrètement un prochain rendez-vous avec Mazurel, en concert ou sur disque.
Car au fond de nous, on sait qu’il nous faut désormais le ranger dans la catégorie de ces artistes précieux et fragiles qui, à l’instar de Daniel Darc, ont besoin d’être solidement épaulés pour se tenir debout et laisser éclater au grand jour toute l’étendue de leur génie.
See you Soon Son Of !!

Vincent Fallacara