Détroit: Horizons
17/12/2013

Il est des choses difficiles à faire, ce, particulièrement quand tout a déjà été dit, pondu, digéré, vomi, saturé comme IL le dit lui-même de  » 510 versions « . Ma tête à moi aurait préféré se laisser tenter par une diversion justement.

Mais à quoi bon fuir? On me la demande, me la réclame… suffit de voir les recherches sur Déhiscence. Céder à la vox populi… peu appétant en soi. Mais coucher sur l’écran ce qui tiraille pourquoi pas?

Je me suis laissée du temps. Ecoutes en boucle, tentant d’y croire toujours un peu. Et, puis il faut lâcher prise, admettre. Horizons m’a laissé un goût amer, âpre. Presque un sentiment de malaise. Le cirque autour n’arrange rien. Sérieux à quoi ça rime? Des billets vendus à la douzaine, pressés comme des huîtres à se rétracter sous la giclure d’acide. Bien sûr… tous des fans de la première heure. Bien sûr. Et l’on se voilera la face, ignorant encore que ces tristes funambules accrochés à la corde de destins brisés ne sont ni plus ni moins que des lecteurs de torche-culs curieux de voir la bête de foire que les médias ont minutieusement créée.

Pourtant dans cette fange sordide, il y aura aussi des Justes comme il y a des choses magnifiques dans cet album de Détroit. Oui, lorsque Bertrand ne court pas après Cantat, l’émotion est vive car les textes sincères, l’interprétation inégalée. C’est ainsi que je ressens les choses: Droit dans le soleil, Ange de désolation sont certainement les mots les plus pertinents entendus en cette fin d’année. Et comment pourrait-il en être autrement, la plume de Bertrand y est toujours aussi subtile.

Mais le reste? Tout le reste… c’est bien de là que naît le malaise. Des relents de Noir Désir douloureux aux accents pop insupportables… on devine la fuite en avant d’un éternel étranger à lui-même. Cet album fait mal. Son incohérence frappe en plein coeur. Je ne suis pas fière d’écrire ça. J’aurais préféré saluer le retour du fils prodige. Gloire aurait ainsi été rendue au rock français.

J’espérais, pourtant, ce retour de manière bienveillante. Pour ceux qui connaissent 16Horsepower, l’acolyte Pascal Humbert sonnait comme une rédemption. Mais c’est impossible. Deux titres ne font pas un album réussit. Aujourd’hui, je crois que 10 ans d’attente, c’était peut-être trop court. Sur de nombreux morceaux, les ficelles de la marionnette qu’on nous livre aujourd’hui en pâture sont trop visibles. L’impression dominante celle du décousu raccommodé, d’un rapiècement. La piste cachée n’arrange rien. La reprise de Ferré, elle, sonne le glas de nos palabres. Et, comme pour me faire mentir, elle est parfaite. Il n’y a bien que Lui pour assumer ce texte impossible.

Absurde désillusion et, pourtant, je n’y crois plus. Avec le temps, certainement…

Il faudrait avoir une vie à tiroirs, une place pour les souvenirs difficiles.

C’est là que j’aurais mis ces horizons.

Un horizon de fond de tiroir.

Sandrine Fallacara