Paul Dunworth : un premier album, The Poet
03/04/2016

Passionné et réputé guitariste irlandais, Paul Dunworth s’est illustré depuis une dizaine d’années dans différents registres passant du blues au rock avec un talent toujours égal.

Il livre, aujourd’hui, un premier album acoustique dédié au poète irlandais Michael Hartnett. Un choix qui ne doit rien au hasard mais qui résonne bien plus comme un retour aux sources: des envolées de folk irlandaises mêlées aux sombres mots du poète et bercées d’incontournables volutes de vieux maltes. Une recette de sincérité pour un album à l’âme certaine.

Et comment pourrait-il en être autrement? En choisissant Michaël Hartnett comme source d’inspiration, Paul Dunworth redonne écho à l’une des pièces centrale de la culture de Newcastle-West. Une envie qui a fait sens en 2014 :  » Cette année là, j’ai joué pour la première fois au Eigsè festival. J’ai décidé d’écrire une chanson pour son poème “ Death of an Irishwoman ” et j’ai commencé à me pencher plus profondément sur son travail.  » Un concert qui a marqué le point de départ d’un projet plus global que l’on découvre dans cet album :  » poser de la musique sur les mots d’ Hartnett  » (ndlr: poèmes issus des recueils  »A book of strays »,  »Poems to younger women » et  »Collected poems »)

On imagine alors toute la difficulté du travail de composition… des mots, de la musique que Paul Dunworth a choisi de mêler intimement.  » Souvent, je laissais le poème me parler pour découvrir l’émotion qu’il créait en moi. J’imaginais alors l’ atmosphère musicale qui capturerait le mieux ce que je ressentais à ce moment précis.  » Mais parfois, comme sur le titre  » House Devil « , le schéma s’inverse: la musique s’impose alors à Paul Dunworth qui la travaille jusqu’à aboutir à l’écrin parfait dans lequel le poème d’Hartnett n’a plus que se glisser.

Au travers de l’album de Paul Dunworth, on devine son degré d’exigence pour rendre musical une poésie des plus sombres car l’imagerie d’Hartnett est celle d’un homme qui voit l’existence humaine au travers du prisme de l’alcoolisme. Dunworth l’a compris et a su, titre après titre, donner corps aux personnages torturés du poète.
 » How goes the night boy  » en est un flamboyant exemple: Paul Dunworth y délivre sa voix rocailleuse comme un fil conducteur alors qu’il tire de sa guitare autant de sonorités grasses que d’envolées lyriques. Un travail d’orfèvre qui confère à l’album une étonnante unité de ton, une ambiance dans laquelle l’auditeur se laisse embarquer… passager volontaire d’un bateau ivre de talent.

Texte:Sandrine Torterotot

Photo:BorisDrums