Image extraite de "One more time with feeling" (Andrew Dominik-2016)
Skeleton Tree – Nick Cave & The Bad Seeds
22/09/2016

Skeleton Tree, 16ème album de Nick Cave & The Bad Seeds, est un monument. Implacablement lourd de sens, Nick Cave l’a en partie enregistré après le décès d’Arthur, son jeune fils de 15 ans. On devait dès lors s’attendre à quelque chose hors du temps, du monde et de toute référence… et effectivement il tient une place à part dans la discographie de l’artiste en marquant d’une pierre blanche une vie bouleversée par le chagrin.
Pour aider à appréhender Skeleton Tree, sa sortie était précédée de la projection du magnifique document  « One more time with feeling » où Andrew Dominik se livre au délicat exercice de filmer Nick Cave cheminant entre création et deuil. Rarement on aura rendu si belle justice à un destin pourtant si cruel. Il  y a dans ces images – tout comme dans cet album – une ambiance lancinante, une force hypnotique, une beauté incommensurable. Et pourtant, on dit d’eux qu’ils divisent. Certains trouvent l’album décousu , d’autres estiment le film d’Andrew Dominik à la limite du voyeurisme… jugement hâtif selon moi et dans les deux cas. Rien n’aurait pu être différent, il y a des douleurs qui s’imposent. Dans Sleteton Tree, Nick Cave s’est détaché du besoin de narration qu’il connaissait jusqu’alors, ses certitudes ont volé en éclats laissant place à une nouvelle réalité avec laquelle il se débat sous l’œil protecteur de l’ami de toujours Warren Ellis. Parfois, Nick cave lâche prise et s’enfonce puisque – comme il le dit – « plus rien ne compte vraiment ». Skeleton Tree, album catharsis, suit le parcours de l’homme:  » La vie continue mais le temps est élastique, il me ramènera toujours à cet événement, comme un boomerang ”. Nick Cave reconnaît qu’il ne parvient plus à être “ dans le contrôle”. Ainsi, on est bouleversé par quelques-uns de ses regards perdus qui accompagnent un aveu:  » je ne sais plus ce que je raconte en ce moment même « . On pourrait alors s’interroger sur la pertinence de raconter cette douleur. Nick Cave a dû traverser ce même doute, affronter l’écueil de l’inutilité face à l’indicible. Mais artiste, il n’a d’autre choix que de sublimer… alors on le voit, tendu, fébrile, s’asseoir derrière son piano et poser sa voix grave.
Tout au long de ces précieuses compositions, les mots de Nick Cave et son interprétation magnétique fondent sur nous et nous enveloppent.  Le début de l’album est d’une grande sobriété, à l’instar de « Jesus alone » qui s’apparente plus au spoken word qu’au chant (réservé aux refrains minimalistes). « Girl in Amber » marque un tournant, l’émotion s’y fait plus vive alors que Nick Cave illustre la mort. Le cheminement continue… Anthrocene libère des chœurs lumineux sur un constat pourtant bien pessimiste sur l’humanité. La seconde partie de l’album, plus rythmée et plus chantée -comme sur I Need You- se referme avec Skeleton Tree.
L’écoute se termine et on remarque combien elle aura indéniablement convoqué  les images de « One more time with feeling ». Tout au long de ce film, l’intelligence d’Andrew Dominik aura été de savoir capter les fêlures de l’homme sans écorcher l’artiste. Il ne saurait y avoir plus bel hommage d’un homme à un autre ou d’un père à un fils. Oui, il aurait été bien difficile de faire mieux que Skeleton Tree.

Sandrine Torterotot

 

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