Don Gabo/Kreg [copyright: Sandrine Torterotot]
Don Gabo
24/03/2017

Découverte Déhiscence, DON GABO, artiste hip-hop français et installé en Colombie, livre un 1er EP convaincant. « MEDELLÍN MA BELLE  » est une mise en perspective de la Colombie au travers du Spleen à la française… un point de vue fort, assumé et pourtant inhabituel dans le milieu rap. Un EP comme témoin d’un parcours que Don Gabo livre ici:

  • Rappeur, batteur, Breton et installé en Colombie, c’est un peu particulier…comment s’est construit Don Gabo?
    Je viens d’un tout petit village de la côte Finistère qui s’appelle Saint Nic. J’ai commencé la musique assez tôt, par des cours de flûte à bec et de clarinette, sans plus de passion que ça. Et puis j’ai découvert la caisse claire et la batterie, et là ça a tout changé. Les cours de clarinette, il fallait m’y traîner alors que les cours de batterie, il fallait m’arracher les baguettes des mains pour avoir un peu de paix. Faites des gosses… Enfin, la passion pour la batterie ne m’a pas quittée depuis, et c’est d’ailleurs encore une partie importante de ma carrière de musicien. Même si je ne me suis pas focalisé sur le rap au départ, j’ai toujours aimé ça. Je me souviens encore d’écouter B.I.G en jouant aux légos et de découvrir  » Paris Sous les Bombes » avec ma grande sœur, on était fous! Mais en me mettant à la batterie je m’en suis éloigné, étant plus intéressé par le jazz et le bon funk crado. J’ai plus ou moins toujours écrit. Beaucoup de poèmes, quelques chansons, des jeux de mots pourris en vrac etc. Et pendant longtemps, je n’ai pas réalisé que le rap incluait tout ce que j’aime et me permettait d’utiliser à la fois mes écrits, la compo et le beat. Je pense que le déclic s’est produit à Londres pendant mes études. Je travaillais surtout en tant que percussionniste dans divers groupes, principalement reggae et latins. J’avais pratiquement oublié que le rap ça tue. Et puis un jour, on m’a filé Brand New Second Hand de Roots Manuva et en même temps, je faisais mes premiers pas dans le monde de la production et des DAW. J’ai dû écouter que du rap pendant 6 mois je pense. Je me suis remis à écrire plus fréquemment et me suis plongé dans le beatmaking. C’était comme un hobby à côté de mes autres projets musicaux, mais c’était surtout mon moment préféré de la journée.
  • Comme c’est souvent le cas chez les artistes hip-hop, réputés pour mettre en scène des tranches de vie, en quoi ton parcours personnel et ta musique se sont liés?
    Sacrée question! Je pense que c’est toujours lié, pas forcement de façon évidente, mais un texte ou une instru prennent toujours la couleur de l’humeur du moment où il/elle est créé(e). Je m’inspire du quotidien, je passe du temps à observer la ville, j’écoute ce que ses gens ont à me raconter. Je suis toujours à la recherche du « beau dans le moche ». Je pense que c’est pour ça qu’attendre un bus pendant une heure à 3h du matin m’inspire alors que m’asseoir sur une falaise avec un couché de soleil chaleureux nettement moins. J’aime écrire sur mes foirages, mes inquiétudes ou celles des gens qui m’entourent, les galères… b témoigner. Si le lampadaire clignote et que ça sent la pisse, c’est pour moi! C’est ma manière de rester serein aussi; souvent les textes les moins drôles que j’ai écrits sont ceux que je termine avec le sourire.
  • L’EP Medellín Ma Belle est baigné d’ambiances sombres sur lesquelles tu poses des textes littéralement riches et construits. Comment s’organise ton travail d’écriture ? Merci. Je n’ai pas de technique particulière, je m’assoie dans le studio avec une instru qui tourne en boucle et je gratte, ou parfois les idées me viennent dans la rue, en matant un film, en lisant… Mais surtout, je n’attends pas que ça me tombe dessus. Je réserve des moments juste pour écrire, que je me sente inspiré ou pas et je cherche à peu près en permanence; soit comment résoudre une rime que j’ai commencée, soit comment tourner une anecdote en phase, des jeux de mots à la con etc. En gros je ne me fais pas chier dans les embouteillages. Mais ce n’est pas un modus operandi à proprement parler.
  • Et pour la composition entre toi en Colombie et Kreg en France (Belfort) comment tout cela s’articule?
    Avec Kreg on s’appelle très régulièrement, je crois que je parle autant avec lui qu’avec n’importe quel autre collègue avec qui je travaille ici, à Medellín. On s’échange des instrus, il m’envoie du stock pour que j’ai de quoi piocher. On travaille même en direct parfois. On se consulte pour les mixes et les arrangements. Il y a des contraintes à cause du décalage horaire et à distance certains processus prennent du temps , mais ça fonctionne.
  • Si la géographie vous éloigne ton beatmaker et toi, qu’est ce qui vous rapproche?
    Avant toute chose, sans Kreg, je pense que je ne m’y serais pas mis aussi sérieusement. Il est là depuis le tout début, quand je ne savais pas ce que je faisais ou voulais faire. Quand ça roule il est là, quand ça ne va pas, il est encore là. Si c’est bien il me le dit et si je fais de la merde, il me le dit aussi. Un type qui te laisse pas foncer dans le mur c’est rare. Donc un grand merci à lui. Il a participé à toutes les étapes de l’EP. On s’est rencontré à Londres, on y a vécu un tas de trucs…. on a perdu des neurones ensemble, ça compte. On est tous les deux batteurs, on est capable de pas être d’accord tout en s’entendant. Et évidemment, on est passionné de rap et de beatmaking et on aime tous les deux le grime. En plus d’être producteur et beatmaker de l’EP, Kreg sera aussi à la batterie pour le défendre lors des dates à venir. (De mi-août à fin septembre si tout roule). L’idée c’est de monter un set hybride, mélanger instruments et samples, mais je n’en dis pas plus pour l’instant. On a aussi nos vies de beatmakers et l’objectif c’est simplement de produire et tourner.

Propos recueillis par: Sandrine Torterotot

   DON GABO – Medellín Ma Belle // EP complet en écoute ici: