BODY/HEAD
01/11/2013

Inutile de jouer les naïfs, mercredi soir à la Poudrière, une large partie du public s’était bel et bien déplacée pour (re)voir sur scène la mythique Kim Gordon, ex-membre fondateur du feu Sonic Youth. Bref, une démarche qu’on pourrait qualifier – a minima – d’intéressée. Nul reproche de ma part, mais bien plus un questionnement…car, alors que Kim Gordon montait sur scène, je me suis surprise à m’interroger sur ce qu’allait être le ressenti de ces personnes précisément, consciente qu’ il n’est jamais anodin, voir risqué, de confronter ses souvenirs musicaux souvent liés à des émotions intimes au dur constat du temps qui passe.

Pour ma part, point de pression supplémentaire, sensible au mythe, je n’ai jamais pour autant versé dans l’adulation viscérale. C’est donc bien Body/Head que je suis venue entendre. Kim Gordon, par son attitude détachée, son regard fuyant, son arrivée sans emphase dans une jupette fleurie, semble d’ailleurs ne rien revendiquer d’autre. Juste de l’écoute. Celle-ci sera effectivement au rendez-vous, la Poudrière baignant (une fois n’est pas coutume) dans un silence quasi monacal.

Les premières minutes, j’ai les yeux rivés sur elle, totalement absorbée par les traits émaillés d’un visage froid, distant, limite austère. Aux côtés de l’ange blond déchu, Bill Nace bataille à coup de riffs pour ne pas sombrer sous le mythe. Exercice dont il sort avec les honneurs. Derrière eux défilent sur un écran géant, des images de la sulfureuse réalisatrice Catherine Breillat. Là où l’on aurait pu s’attendre à de la provoc’, s’immisce au contraire un décor assez classieux… du noir et du blanc, des personnages lunaires lovés dans des fauteuils occupés à des conversations que l’on imagine anodines. Les ombres de Kim et Bill projetées sur la toile semblent s’inviter à la scène. La vidéo devient, dès lors, terriblement efficace: les ombres noirs baignées de la lumière blanche omniprésente accentue encore le rendu complexe et froid, limite hospitalier de l’ensemble.

Au micro, Kim scande, litanise plutôt qu’elle ne chante. Catharsis du vécu, du trop plein de bouteille, la musique expérimente, opère les âmes. L’exploration de nos intérieurs s’étirent sur de longs morceaux qui ne sont pas s’en rappeler l’influence (revendiquée) de Syd Barrett. Du coup, on hésite à applaudir. On n’a pas trop envie d’entendre le clapotement des mains brisé notre sortie de corps collective.

Car, dans les premiers rangs, c’est sûr, ça voyage, ça plane dare-dare. Dans un furtif instant d’atterrissage, on se rend compte que notre Tour Operator, c’est juste ce petit brin de femme tout en os et d’une soixante d’années au compteur. Mais à l’envie demeurée intacte!
Indéniablement Kim Gordon trouve dans BODY/HEAD de quoi reprendre possession d’elle-même. Elle s’y fait du bien. Nous, on y gagne une belle échappée, du moins ceux qui auront su laisser Sonic Youth au passé.

Sandrine Fallacara

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