Kaki King
31/03/2013

Par les cordes effleurée.

Une confidence: il était impossible, ce vendredi soir, de sortir indemne de la Poudrière. Habituée aux démonstrations techniques, je me suis vue jouer nonchalamment des coudes pour me fixer au 1er rang. Kaki King, juste un petit bout de femme, mais rien de moins qu’une des 10 meilleures guitaristes au monde. L’âpre décor se plante: une lumière bleue assez hostile, un tabouret, des instruments, la virtuose cachée sous une mèche rebelle… on s’attend à un cours magistral.

Le vocabulaire manquerait presque pour décrire ce qui s’apparente à la maîtrise parfaite avec laquelle Kaki King fait sonner ses cordes. C’est vrai, à un certain moment, on abandonne. On se contente de fixer les doigts habiles, armés d’ongles acérés, qui tapotent, pincent, virevoltent à en avoir le tournis. Non loin de moi, une autre proie a déjà lâché prise. C’est immobile, les yeux fermés, qu’elle semble passagère d’un autre voyage que le mien.

C’est peut-être ça, le secret, pour ne pas passer à côté de Kaki King – fermer les yeux. S’ affranchir de la technique pour attendre l’émotion. Encore quelques accords et elle se présente finalement. Rien d’extravagant, non. La musique de Kaki King avance délicatement mais s’immisce avec une efficace assurance . J’embarque moi aussi…

En quittant la Poudrière, on me dira un peu déçu: « il aurait fallu que je sois au premier rang. Je n’ai rien vu, juste un bout de mèche… ».

Monter dans ma voiture. Mettre le contact. Penser que chez Kaki King, il n’y rien à voir…mais tout à entendre.

Sandrine Fallacara