Maissiat
02/02/2014

Maissiat 110

On présente Maissiat comme la relève d’une chanson française subtile et exigeante .

A dix mille lieues de la variétoche pantoche, une certaine famille d’artistes discrets fait vivre notre langue. Mieux, la sublime au travers de leur musique. On pourrait citer des Dominique A, Peau, Greg Fontaine pour ne plus se sentir orphelins des mots.

Mais on pouvait aussi, franchir le pas et pousser délicatement la porte de la Poudrière, vendredi soir. Très délicatement pour ne surtout pas briser le charme. Car sur scène, nous avions un joyaux à l’état brut. Troublante Maissiat qui de sa frêle apparence laisse échapper des mots d’une force toute juste contenue. Elle nous chante ses passions, ses tumultes. On devine ses failles, ses cris mais rien, jamais, ne verse dans le pathos. Maissiat sait faire différemment: elle puise dans sa plume habile des trésors d’intelligence et de musicalité pour éviter tous les écueils du genre.

Et bien plus encore, elle se fait envoutante et réussit à imposer une certaine révérence. Dans la salle, on goutte et on écoute cette interprète habitée poser sa voix riche et sensuelle sur une orchestration de claviers profonds, raffinés… Mais pas que. Maissiat c’est aussi le feu sous le glace avec pour stupéfiant exemple sa  » Fabrique des fauves  » où elle surprend de maitrise et d’intensité. En à peine 2’30, elle nous laisse domptés et affamés. K.O. par tant de beauté.

Son dernier sortilège, ce sera son  » Départ « … un titre qui a lui seul résume la complexité de cette artiste entière. Ne soyons pas dupe, il en faut bien du talent pour faire chanter des blessures et bien du courage pour contenir ses colères. Maissiat, elle, dispose du charisme et de la pudeur nécessaire à l’exercice. Tant et si bien, qu’entres ses lèvres, un  » Je vous hais de vous avoir tant aimé  » résonne comme une irrésistible caresse.

Alors on s’abandonne, trop heureux de ronronner dans ce velours musical. On s’étonne aussi de la puissance des émotions. Maissiat transcende et, plus que tout, émeut.

Elle est le mélange parfait du mot et de la note.

Maissiat, c’est de la poésie.

Sandrine Fallacara