Griefjoy: nouvelle vague
28/01/2014

Tour à tour sombre ou lumineuse, la nouvelle vague de l’électro-pop française, Griefjoy, s’affiche comme l’Incontournable de ce début d’année. Ecumant depuis peu les salles de concert, ces quatres garçons – dans le vent… du succès – sortent en parallèle une édition « Gold » de leur premier album; véritable petite pépite enrichie de remix et inédits. Un bel exemple de synergie commenté par Guillaume Ferran pour Déhiscence:

Griefjoy a sorti son premier album éponyme à l’automne 2013. Dans la foulée, vous prenez la route pour une tournée qui pourrait en faire pâlir plus d’un! Au public qui viendra vous voir prochainement au Moloco d’Audincourt (20/02), vous pourriez brièvement décrire ce qu’est un live de Griefjoy?

– Guillaume Ferran : Je crois que le public peut s’attendre à une surprise, car sur scène nos titres prennent une dimension nettement plus énergique. Sur le disque, on travaillait le son de manière exigeante pour avoir un rendu qui fasse la part belle à l’émotion. En concert, on ne renie rien, il y a encore quelques douces mélodies mais l’ambiance électro se taille la part belle du gâteau. On sera dans l’efficacité et le Moloco devrait danser!

Griefjoy, c’est une aventure récente. Avant elle, il y a eu Quadricolor. Dans ces deux formations on retrouve exactement les mêmes membres. L’amitié ne vous fait visiblement pas défaut. Alors, pourquoi ce besoin de renouveau?

– G.F. : Quadricolor c’est notre premier groupe, on avait 16 ans. Ce nom était un petit clin d’œil à une émission bidon de M6… c’était une démarche à mi-chemin entre l’humour et la moquerie, une vraie blague d’ado. Mais,  d’une certaine manière , il y avait un peu de défi… on voulait voir jusqu’où on pouvait aller avec ce nom ridicule. Ensuite, la blague c’est un peu retournée contre nous… on a commencé à avoir du succès et on s’appelait Quadricolor!!!

Il y avait nécessairement besoin de repenser la chose. Et puis avoir un groupe à 16 ans, il est évident que ça ne pouvait qu’évoluer, grandir et s’enrichir de nos expériences.

Un exemple concret, on reprochait souvent à Quadricolor de partir un peu dans tous les sens musicalement parlant. Griefjoy est né de la volonté de nous recentrer et de produire un univers qui soit en réelle adéquation avec notre propos. Je ne sais pas si l’on peut parler de maturité, mais disons que nous voulions, avec ce premier album, poser d’emblée notre patte artistique!

Un pari tenu puisque, dès ce premier album vous affirmez une identité artistique forte mais, surtout, contrastée… à l’image de ce mot « griefjoy ». Vous êtes à ce point des garçons tourmentés?

– G.F. : Tous les quatre [ndlr: Guillaume Ferran (chant, piano), Billy Sueiro (guitare), David Spinelli (basse, synthé) et Romain Chazaut (batterie) ] nous sommes effectivement des personnes sensibles. C’est un trait de caractère assumé. On a commencé la musique très jeune… au conservatoire. On nous imposait une démarche classique, scolaire et j’irai jusqu’à dire déshumanisée. Le conservatoire donne à la musique une approche scientifique. Avec Griefjoy, on a fait sauter les verrous et  trouver notre propre manière d’appréhender la musique via l’émotion. Bien sûr, on travaille les arrangements, mais ça n’est pas en soi notre priorité. On compose d’abord pour communiquer du sentiment, de l’émotionnel.

Pour tout dire, du point de vue des influences, on se sent proche d’un groupe comme Radiohead. Ces mecs là n’ont jamais envisagé la musique comme un simple divertissement. Il y a chez eux une perpétuelle remise en question…c’est quelque chose dont on se sent proche et qui nous motive pour rester toujours en quête de créativité. Radiohead, c’est l’exemple idéal pour garder la ferveur intacte. Ensuite, Arcade Fire, ça nous parle aussi beaucoup…on aime leur côté folie des grandeurs!

Les textes de Griefjoy sont tous écrits en anglais par la main de Sylvain Autran. Comment faites-vous pour vous assurer qu’il y ait une réelle osmose entre le fond et la forme?

 

– G.F. : Rapidement, déléguer l’écriture des textes est devenu une nécessité. Notre mode d’expression c’est uniquement la musique. La voix n’est arrivée que plus tard. Elle répondait à un besoin pour s’inscrire dans l’esthétique rock. C’est à ce moment là que je me suis retrouvé derrière un micro. Mais il restait encore à choisir les bons mots. Il nous manquait une plume. Sylvain est devenu notre parolier. Concrètement, on compose et on se rencontre pour discuter de l’émotion véhiculée par le morceau. Ca peut durer des heures mais on ne lâche rien jusqu’ à aboutir aux mots parfaits. Sylvain a beaucoup de patience et il sait parfaitement jongler entres contraintes et liberté. Il comprend que, pour nous, la musique est en soi un langage alors il travaille jusqu’à poser ses textes sur nos mélodies à la note près!

JBM-07092©Jean-Baptiste Millot BD

Dans l’édition  » Gold « , on trouve de nombreux remix dont le remarquable  » Feel  » réalisé par Breton (disponible ici : https://soundcloud.com/bretonlabs/feel-bretonlabs-remix ).

Griefjoy est une jeune formation; pourquoi avoir déjà choisi de livrer vos compositions à la postérité?

– G.F. : Ce choix c’est fait naturellement. Dans la culture électro, dont on se revendique aussi pleinement, le remix est une étape incontournable. Et même de manière plus globale, c’est avant tout une démarche de passionnés de musique.

Quant à Breton, on les suit depuis un moment déjà. Leur côté touche à tout, c’est quelque chose qui nous parle. Alors, on a décidé de leur envoyé notre morceau et on n’a pas été déçu du voyage. Confier son œuvre et la voir transformée par d’autres, c’est quelque chose de très valorisant. On a complètement redécouvert notre mélodie… éclairée d’une manière différente de la nôtre et qui nous plait tout autant.

Un remix c’est, avant tout, du partage.

Griefjoy est d’ores et déjà considéré par de nombreux critiques comme un des fleurons de la nouvelle scène française. Cela pourrait-il vous donnez des envies d’ailleurs ou de nouvelles collaborations?

– G.F. : On est particulièrement heureux de constater un vrai soutien en France. Mais c’est vrai que l’on se projette déjà dans un nouvel album avec  la collaboration d’un producteur de renommée internationale. Lorsqu’on est musicien, artiste, on a  l’esprit conquérant avec le souhait de se faire connaitre du plus grand nombre. Griefjoy ne déroge pas à la règle et redouble même de ténacité car pour une formation française s’est nettement plus compliquée d’être reconnue dans les pays anglo-saxons que l’inverse.

[ un sourire et de conclure.. ] Après dans nos rêves les plus fous… on partage la grande scène des Eurockéennes avec Arcade Fire !

Propos recueillis par: Sandrine Fallacara
Crédit photos: Jean-Baptiste Millot