Olivier Depardon: perle rare du rock indé
14/06/2013

Olivier Depardon, 10 ans après Virago, livre son premier album solo. L’envie de retrouver la lumière, pas celle des spotlight, mais la vraie: celle qui vient de l’intérieur. Pour Déhiscence, Olivier retrace son parcours et raconte comment il a suivi la voie du « soleil dans la pluie« . Un chemin fait de patience pour celui qui se voit comme un « artisan », mais dont les compositions s’apparentent bien plus à de l’orfèvrerie.

– Olivier, cela faisait longtemps que tu n’avais plus composé pour toi-même. Où as-tu trouvé l’élan nécessaire pour te remettre à l’ouvrage? 

Virago a été une expérience très intense. A sa suite, j’ai eu besoin de me poser et de faire autre chose. Pour moi, c’était faire du son. J’ai toujours aimé ça. Alors, en parallèle, j’ai fait des enregistrements pour d’autres groupes. J’ai pris du temps pour expérimenter des choses. Et, petit à petit, en travaillant aux côtés d’autres artistes, l’envie de recomposer à commencer à me tirailler. j’ai pris conscience que j’avais à nouveau des choses à dire, différentes d’avant, moins rentre-dedans. Je crois que j’ai également ressenti le besoin de m’affirmer en tant qu’ Olivier Depardon.

– Dans ton titre « je suis », tu souffles le chaud et le froid, tu brouilles les pistes avec beaucoup d’aisance. Qui es-tu Olivier? Une âme sombre?

– Je dois admettre que j’ai toujours bien aimé l’ambigüité. Mais aujourd’hui, même si les choses et les idées demeurent en perpétuel  mouvement, j’apprends à mieux me connaitre. Je tends vraiment à aller vers le solaire.

A l’époque de Virago, mes chansons prenaient une tournure assez thérapeutique. A l’inverse, les textes de cet album rayonnent un peu plus. Lorsque les gens me disent  » tes textes sont sombres », je peux leur affirmer que j’ai, par le passé, été beaucoup plus sombre que ça!
Dans ce titre en particulier [ndlr: Je suis], je me questionne. Je me livre à une forme d’ introspection. Sa finalité, c’est de pouvoir accepter ses phases mineuses et les autres, celles qui sont plus lumineuses. Ensuite, il faut trouver un équilibre à tout ça.

– Pour sortir de tes tourments intérieurs?

– Aujourd’hui, j’ai 40 ans. D’une certaine manière je me sens plus apaisé et, d’une autre, il y a des choses qui rejaillissent. L’unique aspect qui change vraiment, c’est le regard que je porte sur ce qui m’entoure et sur moi-même. Par dessus tout, j’essaie d’être en phase avec mes choix de vie. Et concrètement, Un soleil dans la pluie m’a permis de revenir avec une nouvelle énergie.

– Beaucoup ressentent ta musique comme un mode d’expression à la marge. Ta manière de chanter, à la limite du « déclamé », enfonce le clou. Qu’est ce qui, selon toi, touche ton public et le rend aussi fidèle?

– Je crois que ceux qui font la démarche de venir m’écouter ont, a priori, une certaine sensibilité à ma manière d’écrire et de composer. Ils sont autant de réceptacles accueillants pour ma musique et ils en prennent possession. Mes mots entrent en résonnance avec leurs propres expériences, leur vécu. Je parle de choses assez universelles finalement.

« Un soleil dans la pluie » a été salué unanimement par la critique. Penses- tu déjà au prochain album?

–  L’envie est bien là, oui! Je devrais me mettre rapidement sur ce prochain album. J’ai déjà pas mal d’idées, des choses en gestation. Il devrait prendre un autre rythme, certainement plus rapide.

En parallèle, je vais aussi pouvoir me mettre au service de projets différents: jouer avec d’autres gens, d’autres instruments comme le violon, par exemple. Là, encore, j’y puise une nouvelle énergie. Je me nourris de tous ces échanges.

Depardon 001

Merci Olivier. Des mélodies lumineuses et hypnotiques, un verbe haut mais sans emphase, du don de soi… Pour ces raisons, tu fais partie de ceux qui donnent un vrai relief à la chanson française. En perle rare du rock indé, tu nous donnes à croire que les démarches sincères existent encore. 

Sandrine Fallacara