Rencontre avec OY
28/09/2013

Eurockéennes de Belfort, Déhiscence obtient une interview privée avec l’artiste la plus marquée world-music de cette 25ème édition: la suisso-ghanéenne Joy Frempong, OY sur scène.

Après First Box Then Walk, un premier album accueilli avec autant d’enthousiasme que de curiosité, Oy revient avec Kokokyinaka – un nouvel opus enrichit de la présence d’un batteur masqué ( Lleluja-Ha ). Ensemble, ils défendent une esthétique cinglante d’originalité à la croisée des chemins entre jazz barré, rythmes électro et percussions tribales. Une liberté de composition totale qui prend toute son ampleur grâce à la maitrise parfaite de cette musicienne hors-pair toute droit sortie de la Swiss Jazz School de Berne et un parcours personnel teinté d’influences africaines glanées au cours de ses voyages au Mali, Burkina, Ghana ou Afrique du Sud…

– On vit une année particulière aux Eurockéennes. 25 ans, c’est un bel anniversaire. Quel est ton meilleur souvenir de festival?

– Je crois que le plus impressionnant pour moi, c’était de participer au Fusion Festival de Lärz, au nord de Berlin. C’est un festival sans aucun sponsor et qui propose de la nourriture végétarienne. Cet évènement met l’accent sur la tolérance mutuelle et la dimension anticommerciale et écologique du festival. Tout ceci répond à un engagement sincère des organisateurs à promouvoir ce mode de fonctionnement. De fait, artiste ou festivalier, chacun baigne dans une sorte d’énergie positive. Cela crée une ambiance vraiment à part.

– Les Eurockéens te connaissent déjà puisque tu as été lauréate des Repérages en 2010. Qu’est qui a changé pour toi depuis cette date?

En 2010, je défendais un projet solo, par définition, très personnel. Jouer aux Eurockéennes, c’était quelque chose d’hallucinant pour moi. J’ai vécu cet instant comme un cadeau. Cette année, avec ce second album, je suis dans un autre état d’esprit. Je vis cette participation comme une suite qui me comble de joie. Etre accompagnée sur scène apporte également une autre dimension au concert: la batterie est un instrument qui crée une dynamique dans un set. Composer à deux enrichit la création musicale. Ensemble, on bricole et assemble diverses couleurs et influences. On a mis au point une sorte de laboratoire sonore qui nous permet de sortir des sentiers battus.

– Si la composition te demande beaucoup d’investissement, que placerais-tu au coeur de ton travail: les expériences discographiques ou la scène ?

– L’un et l’autre sont deux aspects très puissants. Le travail de création est un temps essentiel qui permet d’élargir son horizon. Mais il faut savoir qu’il peut s’agir, parfois, de moments difficiles. Je suis une personne qui travaille lentement. On peut me voir comme quelqu’un de perfectionniste. La valeur ajoutée de ce trait de caractère c’est, qu’une fois que j’ai trouvé l’arrangement parfait, je sais me réjouir pleinement!

La scène, c’est autre chose. Je la trouve plus facile à appréhender, même si cela reste un moment où l’on doit trouver en soi toutes les ressources nécessaires pour s’imposer. Et puis, chaque concert a son public. Alors j’essaye de m’adapter à lui, tenter une langue différente, donner une autre dimension à ma musique pour aller chercher les gens et les conduire jusqu’à moi. Pour cette raison, il m’arrive de laisser place à l’improvisation durant les lives.

Longtemps, je me suis produite dans des endroits propices aux ambiances intimistes (ndlr: petits clubs). Sur un festival à ciel ouvert, c’est très différent. Mais s’il faut être dans l’énergie, je remarque que le public prend aussi du plaisir à faire une partie du chemin. On est dans le partage.

Tu as un univers très affirmé. Quel est ton secret pour fédérer autant autour de lui ?

– J’aime raconter des histoires. Dans le premier album, elles étaient toutes personnelles et prenaient naissance dans mes souvenirs d’enfance. Pour Kokokyinaka , je me suis inspirée de proverbes africains… des mots qui, par définition, ont une dimension universelle et qui rentrent facilement en résonnance avec l’expérience de chacun. Mon rôle est d’assumer l’aspect narratif et de faire le lien entre la musique et le public. C’est d’autant plus agréable que je m’appuie, aujourd’hui, sur la batterie. Elle permet de créer des mélodies courtes et carrées. Grâce à elle, ce second album a été rendu plus accessible.

Si secret il y a, ce serait donc celui du métissage musical réussi entre le batteur talentueux, producteur et co-auteur Lleluja-Ha et la chanteuse sans frontières Joy Frempong.

Propos recueillis par Sandrine Fallacara