Skip the Use  » Tenir un webzine c’est un acte de résistance « 
28/09/2013

Eurockéennes de Belfort, Déhiscence part à la rencontre des gars du Nord de Skip The Use. Très avenants, ouverts et visiblement heureux d’être là, Mat et Yann abordent les choses simplement.

– Jouer entre Airbourne et The Smashing Pumpkins, ce n’est pas trop de pression? Vous la sentez comment cette soirée?

Plutôt chouette! On a déjà joué avec de grosses têtes d’affiche Rock. Récemment, on a fait la première partie de Muse… une chose est sure, on aime ce public rock parce qu’il se jette à fond dans les concerts et ça nous va bien!

– Ces dernières années, vous faites des festivals et de plus en plus gros. Comment ressentez-vous cette proximité du public?

– Ce type d’évènements est une continuité dans notre carrière. Notre motivation est intacte et on donne au public avec la même énergie qu’à nos débuts, parce que nous avons toujours eu conscience des étapes que nous franchissions… elles se sont succédées naturellement et elles nous ont fait grandir. En chemin, on a essayé d’apprendre à traiter chaque concert dans sa globalité, peu importe sa taille. L’unique enjeu, à chaque fois, c’est d’aller chercher le public! Mais, il faut reconnaitre que plus il y a de monde et plus c’est difficile.

– Skip The Use, ça se passe comment? Les rôles sont bien définis ou c’est du freestyle?

– [Matt] On compose ensemble. Mais j’ai plus de boulot, vu que j’écris les paroles! Sérieusement, Yann et moi, on s’est rencontré en 1993… 20 ans déjà. On est des potes de lycée! A l’époque, on avait un groupe de punk, là-bas dans le Nord. Comme beaucoup de groupes, on puise notre force dans des influences très variées. Mais indéniablement la proximité de notre région d’origine avec la Belgique a joué un rôle déterminant. Par exemple, une des données de base, c’est qu’à 10 km de chez nous, on ne parle plus français mais flamand. L’écriture des textes en anglais c’est donc imposée.

– [Yann] La scène belge hardcore nous a beaucoup influencé. A l’époque, en Belgique, ils étaient plus structurés que nous et leur scène locale était plus active. Il y avaient de grosses associations qui faisaient venir des têtes d’affiches américaines. Alors, on n’hésitait pas. On prenait notre voiture et on allait écouter nos groupes préférés. Finalement, le Nord, loin des clichés, c’est un énorme carrefour pour la musique. Londres, Berlin, Paris ou Belgique, tout est à proximité. On a su en tirer le meilleur profit.

– Il y a aussi une scène techno très active en Belgique. Vous auriez pu tomber la dedans…

– (Un sourire) Non, impossible, on avait des baskets! En revanche, on était plus électro!

– A vos débuts, visiblement, il y avait une vraie émulation. Mais, aujourd’hui, vous la trouvez comment la scène musicale en France?

– Le problème dans notre pays, c’est que ça fait 30 piges que la variété française a mis en place un gros business qui alimente les caisses d’un système bizarre en se servant des médias traditionnels. L’exemple le plus récent c’est Taratata. L’objectif de ce système c’est de gangréner la musique à son profit. Bientôt, à la télé, on ne pourra plus jouer en live. Il n’y aura que du playback. Et ça profitera uniquement à ceux qui produisent du playback. C’est un constat.

Mais en face, il y a le public qui va au concert. Avec lui, c’est possible de résister. On le voit ici, aux Eurockéennes de Belfort, où le festival fait le plein! Lorsque que nous avons reçu notre Victoire de la musique, le vrai prix pour nous, c’était de pouvoir jouer en live à la télé… et jouer un morceau rock. Elle est là notre Victoire!

Quand tu vois que Metallica fait une tournée mondiale et que tout le monde s’en fout en France! Pour quelle raison? Juste parce que ça ne rentre pas dans leur système… Alors, voilà pourquoi on apprécie les festivals. Ils font de la résistance, comme les webzines d’ailleurs. C’est un truc incroyable de voir ces passionnés de musique venir aux conférences de presse, suer dans les concerts et suer après pour donner à lire des choses vraies. Tenir un webzine c’est un acte de résistance aujourd’hui. Ce sont eux les porte-voix des artistes!

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Textes et photos : Sandrine Fallacara